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Petit pélerinage ferroviaire au Japon

 

9h55, voie 22, Tokyo station. Kagayaki 523, le Shinkansen (train à grande vitesse) de la ligne Hokuriku, à destination de Kanazawa n'est pas encore à quai. Il doit m'emmener à 10h08 vers Nagano, mon tout premier trajet intérieur en train rapide. J'ai bien utilisé la navette express entre l'aéroport et la ville, trois jours plus tôt, mais ça ne présentait aucune difficulté avec une seule voie et un choix très limité de destinations finales. Aujourd'hui, je joue avec les adultes. Screenshot 2018-11-07 at 19.42.55.png Ce matin, aligné sagement dans ma file d'attente numéro 1 (celle réservée au premier train qui s'arrête à quai, par opposition à la file n°2, reservée au train suivant), face au marqueur 10 indiquant mon numéro de voiture, un soupçon de doute me trotte à l'esprit.

L'affichage très clair et en anglais des destinations et voies ne laisse aucun doute sur le fait que je suis au bon endroit.

Mais, quelques minutes plus tard, lorsque le train entre en gare, il ne porte ni le bon nom, ni la bonne destination.

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La porte de la voiture 10 s'aligne avec une précision centimétrique sur le marqueur au sol, s'ouvre, déverse son contenu de voyageurs et ... se referme. Gloups. 

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Ma nervosité grandissante donne des ailes à mes ambitions linguistiques et me pousse à baragouiner à la personne devant moi, en pointant le train du doigt : "Sumimasen. Kanazawa des ?" 

Mon interlocuteur amusé me répond dans un anglais parfait "Yes, don't worry, that's the right train. It'll be ready in a few minutes"

Partiellement rassuré, j'observe du personnel s'activer à l'intérieur.

Aspirateurs, vaporisateurs, plumeaux, chiffons ... Rangée par rangée, les fauteuils, tablettes, accoudoirs et sols sont nettoyés à fond avant la montée à bord des nouveaux passagers.

5 minutes avant le départ et les portes sont toujours fermées. Personne ne bronche, mais bibi trépigne intérieurement.

3 minutes avant le départ, la petite armée de personnel nettoyant sort des voitures, salue le train et quitte les lieux en le longeant en rang militaire. Le numéro et la destination du train changent et les portes s'ouvrent à nouveau.

Les voyageurs de la file 1 entrent dans le train, dont un Frenchy bigrement soulagé, et s'assoient.

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A bord, l'ambiance est moins moderne que l'extérieur futuriste laisse imaginer mais la place est incroyable. Nous sommes en classe éco et j'ai du mal à toucher le siège avant avec mes jambes. Le siège s'incline, la tablette se projette loin du dossier devant moi, une prise individuelle me permet de charger mon téléphone. Je me demande à quoi ressemblent les Green Cars, plus luxueuses.

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Le trajet se déroule à bonne vitesse (mais moins vite que nos TGV, cocorico, à "seulement" 260 Km/h) et dans une absence quasi-totale de vibration ou de mouvement latéraux. On croirait un tapis volant. En revanche, des à coups longitudinaux spongieux donnent occasionnellement l'impression que les différentes voitures sont rattachées par un dispositif élastique, sentiment que je n'ai jamais ressenti sur nos trains nationnaux.

Le train entre en gare de Nagano avec 1 minute de retard, ma première expérience se termine dans le calme le plus total.

Deux jours plus tard, je remets ça pour compléter - sur la même ligne - le tronçon entre Nagano et Kanazawa, desservi cette fois avec 3 minutes de retard et dans l'indifférence la plus totale. Métronomique, oui. Obsessionnelle de la ponctualité, la société Japonaise ? Non.

Alors que le Gaijin aguéri que je suis devenu pense avoir tout vu et tout compris des chemins de fer nippons, la gare de Kanazawa me force à revoir mes prétentions à la baisse et à ramasser ma machoire du sol.

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Fille naturelle de Fauchon, 4 seasons et Anish Kapoor, l'énorme oeuvre d'art, qui s'ouvre sur la ville via un colossal torii, abrite supermarché de luxe, centre d'initiative, billetteries, hotels, services et bien plus encore.

 

Comme dans la plupart des grandes villes, les gares sont des centres essentiels à la vie des citadins, leur fournissant non seulement la connexion avec leurs trains mais tous les services périphériques d'alimentation, de repos, de soin, et d'information.

Le rail est une composante essentielle de la vie au Japon. Essentielle et, je pense, adulée. 

La variété des trains est à l'image de la variété de la cuisine et des architectures rencontrées au cours de mon périple : des shinkansen classiques comme le mien, aux ultra rapides auxquels mon JR Pass ne donne pas accès, aux petits et anciens trains de campagne, aux métros, aux express lines, les trains prennent les formes les plus exotiques et variées.  

Screenshot 2018-11-07 at 19.29.52.pngScreenshot 2018-11-07 at 19.27.21.pngScreenshot 2018-11-07 at 19.46.37.pngScreenshot 2018-11-07 at 19.25.22.png

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Il y aurait beaucoup plus à dire au sujet du système ferroviaire, même pour marketeur non expert comme moi. Mais s'il y a une chose que je retiens, au delà de l'ampleur et de l'omniprésence du réseau, au delà du rôle central dans la vie des usagers, au delà de la diversité, c'est la sérénité du système.

Oui, les trains arrivent à l'heure. Oui, ils sont immaculés, étincelants quelque soit leur âge.

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Mais tout ça semble se produire sans stress, sans courir. Les performances du système ne semblent pas dues à un quelconque super-pouvoir ni à une technologie particulièrement avancée. Au contraire, elle semble ancrée dans l'humain, sous la forme d'une extrême ritualisation de tous les évènements (les contrôleurs qui saluent bien bas en entrant et en quittant les wagons, les conducteurs qui se saluent de train à train, les employés qui saluent le train ...) et d'un rythme réaliste. Le système semble robuste non pas par une mise sous pression mais, au contraire, par une absence de précipitation. Les délais annoncés semblent tenir compte du temps réel nécessaire à la parfaite exécution de chaque tâche. Personne ne trainaille, mais personne ne se presse non plus.

C'est un aspect de la société que je retrouve dans toutes mes interactions, de la calligraphie à la restauration, des taxis aux artisans, des supermarchés aux ryokans, des galéristes aux jardiniers.

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Et c'est ce sentiment de calme qui rend des endroits aussi immenses et actifs que la gare de Kyoto finalement peu stressants et réellement agréables pour un étranger.

Bon, j'arrête, j'ai du boulot ;)

 

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Mais la culture Japonaise est fascinante à plus d'un titre, et je suis particulièrement heureux d'avoir pu la découvrir en parcourant le pays comme les locaux, dans les trains qui rythment et façonnent leurs vies, au sein d'un système ferroviaire qui me semble finalement un miroir assez fidèle de leur société en général. 

Sayonara! 

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